Enfants, les rois mages nous ont accompagnés, venant ponctuer notre semaine de fêtes par le rituel émotionnel de la cérémonie, souvent familiale, de la galette et de la fève qui distinguait le roi ou la reine d’un jour.
De ces grands voyageurs, seul Matthieu en parle dans son évangile et ni les autres synoptiques (Luc et Marc), ni Jean dans son écrit ésotérique, n’y font allusion.
Le récit de Matthieu et l’origine des mages
Lorsque Jésus lui dit de l’accompagner, Matthieu était collecteur d’impôts dans la ville de Capharnaüm. Son récit, le plus long de tous, rédigé en grec, est destiné aux judéo-chrétiens. Il possède la particularité de débuter par la généalogie de Joseph, époux de Marie, ce qui plus tard, conférera à son auteur, le symbole de l’homme quand Jean sera aigle, marc lion et Luc ange.
Matthieu ne parle pas de rois, lorsqu’il évoque les mages et il ne précise pas leur nombre. Depuis des siècles les mages sont des prêtres mazdéistes servants le sage Seigneur Ahura – Mazda, dont le plus grand annonciateur est Zoroastre.
Ces servants sont à la fois, des religieux, des astrologues, des savants et des astronomes. Le ciel est leur domaine. Ils interprètent les révélations que Zoroastre transmet de son dieu et professent une religion entièrement monothéiste qui introduit la notion impérative d’immortalité de l’âme et de jugement dernier. Zoroastre, quant à lui, ira jusqu’à annoncer la venue d’un Messie sauveur de l’humanité. Pour toutes ces raisons, le mazdéisme semble préfigurer le christianisme, ce qui pourrait expliquer le long voyage entrepris par les mages.
Des mages devenus rois : évolution historique
Ces hommes en quête ne sont donc pas des rois mais Tertullien, père de l’église, sera le premier à les qualifier au troisième siècle de notre ère de « presque rois ». Quant à leur nombre, il oscille entre 12 et 3 pour finalement être officialisé au sixième siècle à celui que nous reconnaissons aujourd’hui.
Les trois mages et leur symbolique
Melchior
Le premier d’entre-eux sera Melchior. Il est âgé et porte une longue barbe symbole de sagesse. Son pays pourrait être la Tarse, région qui conduit de l’Asie Mineure à la Perse.
Balthazard
Le deuxième est Balthazard, possible roi de Saba, une ville du Yémen. Il porte une barbe courte image de la maturité.
Gaspard
Le troisième Gaspard est le plus jeune de tous. Imberbe, il serait indien ou arabe, cela varie selon les documents.
La visite à l’enfant Jésus implique donc tous les âges de l’être humain.
La figure du mage noir et ses interprétations
Orientaux, nul d’entre-eux n’avait vocation à devenir noir de peau. Pourtant, au fil du temps et des représentations, Balthazard va changer de couleur.
Chez les chrétiens, le noir correspond au ton du diable, et rappelle la malédiction de Cham, après qu’il se soit moqué de Noé, son père, découvert nu, ivre des vapeurs du raisin longuement foulé aux pieds par le patriarche. Cependant, il n’est pas rare de trouver des représentations « positives » d’hommes au visage noir, tel qu’en la cathédrale de Magdebourg (Allemagne) ou est placée depuis 1240 une statue d‘un Saint Maurice noir.
L’idée de mage noir se développe au 15ième siècle pour ce que l’on appellerait de nos jours « marketing ». Alors que les musulmans tiennent encore l’Andalousie et une grande partie de l’Espagne contemporaine, il est vital pour le pape que l’ensemble des peuples de la terre, particulièrement d’Afrique proche et de la lointaine Amérique, reconnaissent la royauté de l’enfant Jésus.
Quant aux mages, ils tiennent un rôle important dans ce mouvement « pan-chrétien » en officialisant de manière ostensible l’allégeance du vieux monothéisme de Zarathoustra au nouveau du Christ, prouvant, par le ploiement du genou droit, la soumission des puissants et étendant le domaine chrétien aux âmes de toute l’humanité présente et à venir sur terre.
La fin du voyage et la trace laissée dans l’histoire
Une fois leur mission accomplie, après avoir remis or, encens et myrrhe, Melchior, Balthazard et Gaspard s’en reviennent chez eux pour disparaître de notre histoire. Disparaître, pas tout à fait, puisque Marco Polo, dans son livre de voyages merveilleux, affirme avoir retrouvé leur tombe en Perse, dans la cité de Saba, le corps des saints hommes bien conservés, les barbes et cheveux très présents.
L’étoile, le chrisme et la symbolique céleste
Les mages auraient entrepris leur périple vers Bethléem après l’apparition d’une étoile étonnement brillante qui les aurait guidés jusqu’à l’enfant Jésus. Bien avant cet évènement particulier, les étoiles préfigurent des événements capitaux, le ciel faisait alors un signe aux hommes.
Selon la tradition chrétienne, Melchior et ses amis suivirent cette « étoile du berger ». Etonnement, les premières représentations picturales des mages comprennent un chrisme et non pas une étoile. Le message est clair et prosélyte.
Un chrisme est un symbole chrétien, formé par les deux majuscules grecques X et P premières lettres du mot Christos. Ce chrisme sera par la suite, représenté à l’aide d’une étoile à six branches, une étoile flamboyante., redonnant à ceux qui la regardent, une compréhension plus aisée et moins symbolique.
Cette étoile conduit jusqu’à Bethléem pour terminer sa route, soit au-dessus de la tête de l’enfant Jésus (Origène) soit dans un puit avoisinant où seuls les cœurs purs peuvent la distinguer (Grégoire de Tours).
L’Épiphanie et la naissance de la crèche
L’arrivée des mages est appelée Epiphanie ou Théophanie, selon que l’on soit de compréhension catholique ou orthodoxe. C’est le jour de la manifestation de Jésus au monde. Dans l’antiquité, l’épiphanie était la fête des lumières et correspondait au 22 décembre, le solstice d’hiver. A cette même date, désormais le 6 janvier, l’église catholique, fait correspondre le baptême de Jésus par Jean dans le Jourdain et les noces de Cana, qui seraient pour certains exégètes, celui du Christ avec Marie Madeleine.
Envisager l’épiphanie sans crèche peut nous paraitre incongru. Il fallut attendre 1223, pour qu’à l’initiative de Saint-François d’Assise, après autorisation papale, soit finalisée la représentation initiale du fabuleux évènement historique et religieux. Les personnages y étaient vivants car les premières mises en œuvre stylisées (santons) ne seront autorisées qu’en 1563 après le concile de Trente.
L’humilité, l’Agapè et le sens spirituel
Par son initiative, François met l’accent sur l’Amour divin, l’Agapè. Jusqu’alors, Dieu inspirait la crainte et la peur, ce dont faisait usage l’église pour maintenir son ordre du peuple. La différence est révolutionnaire.
Dans son auge, l’enfant permet de constater l’humanité de Jésus fait homme, son humilité, et son amour illimité.
Désormais les mages, rois ou pas, portent l’espérance.
En s’agenouillant ou en se prosternant, ils renoncent à la richesse, à la puissance et à la gloire. Ils basculent de l’avoir à l’Être dans son entièreté et réfutent ce que pensent tous les pharisiens du monde : « qu’ils croient en Dieu, et que Dieu est satisfait d’eux ! »
Le genou à terre est gage d’humilité quand il est pleinement consenti.
Un minuscule exercice physique, une montagne morale à déplacer.


