Pile ne va pas sans face, recto précède verso et St Nicolas marche, tous les 6 décembre, devant Le Père Fouettard. Ce sont les acteurs d’une pièce qui se joue dès le 16ième siècle plus exactement depuis 1552.
UN PEU D’HISTOIRE :
Charles de Habsbourg, mieux connu sous le nom de Charles Quint est le plus puissant des souverains européens de son époque. Il règne sur un territoire allant de l’Espagne aux Flandres.
En 1552 il entreprend le siège de la ville de Metz, place politiquement et géographiquement stratégique, sans parvenir à la conquérir malgré la puissance de son armée pléthorique.

(Source Wikipédia)
Pour se moquer de l’empereur défait et donner du courage aux habitants de la cité, la corporation des tanneurs aurait exhibé dans toute la ville, un mannequin habillé de noir, comme l’était souvent Charles Quint, un fantoche censé représenter et ridiculiser le monarque vaincu.
L’année suivante, « le tanneur de fesses », armé de son fouet redoutable, accompagne St Nicolas dans les processions du 6 décembre, jour de la fête du saint patron des marins et des voyageurs.
LA REPRESENTATION PHYSIQUE DU PERE FOUETTARD :
Vêtu de noir de la tête au pied, portant un grand manteau, un capuchon et des bottes, son visage est barbouillé de suie et arbore une barbe qui varie selon les lieux du noir au roux.
Pour rajouter à l’effrayant et rappeler le souvenir terrifiant des lépreux, il déambule en secouant chaines, grelots et cloche afin de prévenir les petits et les grands de son arrivée prochaine.
Les couleurs du Père Fouettard :
En occident, le noir est adossé aux sentiments de deuil, de tristesse, de désespoir et de peur.
C’est aussi un mode de distinction vestimentaire qui, à la Renaissance et encore de nos jours, octroie une image différente de ceux qui revêtent des habits colorés.
Il y a presqu’une noblesse à être en noir, c’est affirmer une forte confiance en soi, confiance dont ne se départie pas le Père Fouettard dans le sillage de Nicolas.
L’aspect physique du Père Fouettard :
Dans l’imaginaire collectif, le Père Fouettard n’est pas sans rappeler l’ogre que l’on sait de haute taille et de corpulence impressionnante.
Pourtant il est systématiquement représenté bien plus petit que Nicolas, toujours en retrait d’un ou de plusieurs mètres, la perspective du dessin permettant de différencier l’homme bienveillant du redouté malveillant.
La noirceur :
Comme ses vêtements, son visage est noirci, soit par un grimage soit par de la suie sans que l’on n’en sache la raison exacte.
Selon certains, l’effigie promenée dans les rues de la ville ne représentait pas l’empereur mais un de ses serviteurs, plus surement un Maure très présent dans son entourage. L’idée est peu recevable car s’il faut se moquer pourquoi le faire d’un second couteau plutôt que de l’empereur lui-même ?
Cette couleur de peau est donc celle d’un homme noir, souvent affublé d’une chevelure crépue et parfois d’une queue fourchue et de cornes sur la tête.
En quelques sortes un diable.

Ce sont là des stéréotypes sociétaux, raciaux, infériorisant et déshumanisant, confortés par le fait que le Père Fouettard, monstre exécré, circule derrière un St Nicolas triomphateur et adoré dont les victoires contre les démons se comptent par dizaines et ont forgé sa réputation.
La subordination ethnique est ainsi confortée, il y a un supérieur aimant et généreux et un inférieur chargé des vilaines taches.
Perpétuer cette tradition au sein des écoles, des familles ou dans les rues de nos villes entretient-t-il, consciemment ou non, une violence raciste ? c’est une vraie question dont chacun à la clef d’autant que l’histoire du Père Fouettard dévalorise aussi les roux.
La rousseur :
La barbe du « tanneur de fesses » est parfois rousse, couleur crainte, moquée depuis l’Antiquité et prétexte à de nombreuses violences.
Dès l’Egypte ancienne, le rouge ou le roux est la couleur du mal. Dans ce Panthéon, Seth est le Dieu, du tumulte, du chaos et de l’anarchie. Il est d’une grande brutalité, destructeur et en conflit permanent avec son frère Osiris qu’il ne manquera pas d’assassiner.
Les égyptiens finiront par écrire sur lui qu’en encre rouge ou rousse, plaçant cette couleur et ceux qui par leur physique la rappellent, au banc de l’infamie. Certains prêtres n’hésiteront pas à sacrifier des hommes et des femmes aux cheveux roux, dans les temples d’Osiris.
Les religions judéo-chrétiennes ne sont pas en reste ; voici quelques illustrations :
- Esaü :
Petit fils d’Abraham, fils d’Isaac et Rébecca, frère jumeau de jacob, il est décrit comme roux et velu. Par une argutie de sa propre mère il perd son droit d’ainesse au profit de son frère.
- Judas le traitre :
Bien qu’aucun texte ne décrive son physique, à partir du Moyen-Âge, Judas Iscariote, celui qui a livré Jésus au Sanhédrin, est représenté avec des cheveux et une barbe rousse. Peu à peu, il sera affublé d’un nez crochu, d’un teint sombre, d’une petite taille ce qui se rapproche fortement de l’image du Père Fouettard.
A QUOI SERT LE PERE FOUETTARD ?
Un emploi officiel :
Il accompagne Saint Nicolas (Découvrir notre conférence gratuite) pour punir les enfants peu sages, fort de deux objets terrifiants, le fouet et le sac sans fond. Le Fouet est composé d’une lanière ou d’une corde reliée à un manche. Les pasteurs l’ont toujours utilisé pour rassembler leurs troupeaux épars et les replacer sous leur contrôle. Comme souvent, l’homme n’a pas manqué d’en détourner l’usage pour le transformer en arme, en instrument de punition. Contrairement au bâton qui n’est qu’une matière brute issue de la nature, le fouet est un objet élaboré, pensé, travaillé qui nécessite une grande technique pour le rendre le plus efficace, créant de la douleur sans laisser de dommages permanents au corps. Le Père Fouettard n’est donc pas une simple brute, un Quasimodo sans tendresse, au contraire c’est un maitre en sa technique ! Il n’est pas le premier à sévir avec un fouet, la redoutable Némésis le fit bien avant lui. Némésis, dans la mythologie grecque est la divinité de la juste colère des dieux. Par le glaive ou le fouet, elle frappe le mortel orgueilleux, pour rétablir l’équilibre très moral défini par Zeus, l’autorité suprême. Elle sanctionne l’hubris, la démesure, du moins ce que la société des dieux détermine comme tel. Le Sac sans fond est un objet magique dont l’espace intérieur est bien plus grand que ne le laisse supposer sa dimension extérieure. Précipiter les enfants dedans, signifie les envoyer dans un espace extra-dimensionnel, comme le sont les limbes où vont errer les âmes des enfants morts sans baptêmes. La destination est terrifiante mais la proximité de Saint Nicolas, laisse la place à un retour, une rédemption puisqu’il est un grand thaumaturge.

La fonction sociétale du Père Fouettard :
Tout comme la déesse Némésis, le Père Fouettard est le garant du maintien de l’ordre établi. La sagesse dont il est question, n’est en rien personnelle. Saint Nicolas représente le calme et la tempérance, pourtant, il fut lui-même condamné par ses pairs lors du concile de Nicée en 325, pour avoir giflé son ennemi Arius. Emprisonné, suite à cet excès de colère, scandaleux aux yeux des évêques présents, ce sont pourtant Jésus-Christ et Marie qui seraient venus le délivrer des geôles et le réhabiliter. Saint Nicolas lui-même est donc un contre-exemple de la sagesse sociétale. Un enfant non sage est un enfant qui laisse libre cours à ses émotions, il vit dans une immédiateté, ne censure pas ses états d’âme. En réprimant le libre cœur, Fouettard figure la peur des forts dans le quotidien ou l’imaginaire collectif. Est-il celui qui détermine l’enfant sage et celui qui ne l’est pas, ou n’est-il qu’un bras armé, d’un décisionnaire calfeutré ? toute réponse à cette question ne peut-être que personnelle.
Les légendes et les contes sont symétriquement destinés à l’individu et au groupe. Leurs compréhensions ne sera pas la même selon que l’on partage ou pas son ressenti.
Contes pour enfants et contes pour adultes, ne diffèrent pas, ce sont les mêmes. Seuls les degrés de compréhension varient, mais les émotions restent similaires. Tous les personnages sont, de façon alternative, bienveillants ou malveillants. Il suffit de faire un petit pas de côté pour s’en apercevoir. Chez les petits, le Père Fouettard à pour but de leur donner à vivre les émotions qui se présentent. C’est une façon de les intégrer, progressivement si possible, vers le monde des adultes, des grands et des grandes, ces hommes et ces femmes qui aimeraient tant

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Belle découverte que cette association du bon et du mauvais qui rappelle que rien n’est perfection ce qui donne du sens à l’humilité.
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