L’enseignement pythagoricien : un modèle intemporel
Pythagore compte parmi les porteurs essentiels de la Transmission. Il a remis à ceux et celles qui pouvaient l’entendre et le saisir, tout ce qu’il a acquis de savoir, de sagesse et de compréhension au long de ses voyages, au cours de ses travaux, au gré de ses rencontres.
Pythagore ne communiquait pas comme notre société contemporaine le conçoit ; il ne répétait pas, ne dupliquait pas sans âme, ce qu’il avait à dire ou à faire découvrir. L’enseignement prodigué dans l’école de Crotone dont il était l’initiateur, avait pour socle la nécessité de disposer l’individu(e) dans son histoire avec les autres et à soi-même. L’ambition, aux conséquences redoutables, pouvait être de s’affranchir des bornes de sa propre existence.
Il s’agissait et s’agit encore, d’aider, au pire, à supporter, au mieux, à intégrer et assumer la condition humaine dans son entièreté. Ce sont la durée et le réceptacle nécessaires de l’infusion du temps et des expériences d’autrui qui font fleurir cette démarche. Son fruit à la fois sucré et amer, donc particulier : l’autonomie, presque l’indépendance. La liberté dans l’enseignement de Pythagore était toujours à portée de décision puisque tout élève se voyait ouvertes en permanence les portes du départ. Certes, le retour était impossible. Il fallait assumer.
Transmettre n’est pas imposer une vérité
Ce n’est donc pas non plus présenter ou assoir une vérité. Transmettre cette liberté de choix courageux, bannit le canal vertical d’un enseignement perclus de convenance et d’autoritarisme. Pour qu’il fasse sien ce qui lui est transmis, le recevant s’accorde à l’autorité légitime et bienveillante de son interlocuteur. C’est une condition indispensable qui cultive la valeur du propos.
Par nature, le message initial était invariablement transformé par le temps, par l’esprit conjugué à la personnalité même du transmetteur. Il en est encore ainsi de nos jours. Transmettre consiste à honorer la connaissance de l’autre, son appétence à distribuer et à apprendre, qu’il soit celui qui a offert le savoir où le dépositaire de ce qui sera partagé. L’autre n’est pas qu’extérieur à nous, c’est encore celui qui dialogue en nous. En cela, transmettre est le retour de l’homme en face de lui-même.
Transmettre n’est pas surmonter le monde ancien, puisqu’il n’y a pas conflit mais source et complémentarité. Quant au nouveau monde, il n’a pas matière à être meilleur ou pire que le précédent puisqu’il s’agit du même, avec quelques ingrédients complémentaires ou évolués.
La transmission comme acte de fertilité et d’espoir
Transmettre n’est pas déverser une hotte pleine et irraisonnable, c’est agir avec la volonté de faire prospérer l’altérité, de faire reculer la peur, mère boulimique du recul en soi.
Cette peur, elle nous dérobe au devoir ou besoin d’envisager le temps de notre disparation individuelle, elle nous convie à ne pas nous confronter à l’ennui de notre départ absolu. Décider de transmettre permet d’en comprendre tous les enjeux, de découvrir que l’on ne se dépossède en rien, d’en user non pas comme un fardeau mais tel un cadeau à bonifier et à remettre à disposition de ceux qui plus tard, à leur manière, se sentiront maillons d’une chaine de réflexions, d’unions et d’expériences.
L’absence de transmission assèche celui qui se refuse à donner ou n’en comprend pas l’impérativité. Elle transforme celui qui ne perçoit rien en déshérité de la vie du monde, ou d’un monde auquel il peut avoir accès. Ceci est la preuve que la transmission n’est pas un contenu mais un jet de fertilité et d’espoir dans l’avenir malgré un présent possiblement chaotique.
Les gestes et outils de la transmission
Transmettre passe par le souffle qui permet de semer à tous les vents sans attendre un retour, ou une récolte. Le geste est simple, cueillir la fleur disponible, la porter à la bouche, ouvrir les lèvres et propulser de façon délicate et régulière, cet air dont nous disposons en notre for intérieur. Ensuite, il ne reste plus qu’à observer puis contempler l’envol libre des graines fécondées. Cela se fait au risque de ne pas être compris.
Transmettre une connaissance c’est à la fois la conserver, l’amplifier, l’enrichir, la voir partir, en perdre la maitrise si inutilement chérie. Les outils à disposition sont la parole, le silence, le livre et bien d’autres choses encore, toutes au service de la liberté, laquelle nécessite la maturité et la patience, sapience stylisée, de celui qui l’accueille.
Maturité et sagesse : au-delà de l’âge
La maturité n’est pas le corolaire de l’âge. Le nombre et le poids des ans n’interviennent en rien dans la capacité de transmettre ou de percevoir la transmission, d’autant, qu’aux âmes bien nées la valeur n’attend pas le nombre des années. L’expérience n’est pas sagesse ; ainsi Robert Desnos affirma-t-il que : « la sagesse humaine est le vice des vieux ». De qu’elle vieillesse parlait-il ? C’est seulement la proximité en profondeur avec soi qui offre la maturité.
Il s’agit d’anoblir l’avenir qui ne peut être bâti sans les matériaux indispensables et permanents connus depuis la nuit des temps, afin d’établir des fondations saines et profondes sans désorienter.
La transmission face à ses opposants
Nous savons que toute connaissance est symétriquement ce qu’elle est, ce qu’elle dit être, ce qu’elle représente pour celui qui l’appréhende. C’est de l’objectivité et de la subjectivité entremêlées et les opposants de la transmission sont l’impéritie relationnelle et la facilité.
Sans transmission le révolu s’estompe, l’avenir ne perce pas et seul compte le présent dans l’immédiateté. Le passé à remettre se comprend en tant qu’origine, que principe ou que commencement, en un mot : la Connaissance. Si sa racine se nourrit de l’antérieur, elle se vivifie dans le présent avant d’élaborer le futur proche.
Transmettre est un triptyque fabuleux.
Pythagore, maître de sagesse
Une conférence consacrée à la transmission initiatique, à la pensée pythagoricienne et à ses résonances intemporelles.
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